Contrairement à sa dimension douloureuse, voire sacrificielle, bien souvent mise en avant, la miséricorde se fonde sur la joie, sur la félicité, cette plénitude harmonieuse qui accueille et apaise autrui car elle peut donner sans condition.
Tout à la fois vibration, attitude, intention, regard, sourire, geste, engagement, la miséricorde est un baume empathique qui réconforte, guérit, grandit. Elle fleurit sur le terreau de l’humilité, fertilisé par les pouvoirs de faire face, de tolérer, de prendre du recul et de coopérer. Fondamentalement reliée à la douceur et à la capacité de percevoir sans jugement critique, la miséricorde est un sourire profond, un regard bienveillant, un chant de bienvenue, un havre de réconfort, sans tambour ni trompettes, un engagement résolu qui favorise la résilience. Elle me libère et libère autrui, elle me protège et protège autrui : des programmations et conditionnements qui limitent et ratiocinent, de la négativité qui rouillent les meilleurs sentiments, des préjugés, d’une vision courte, des attentes, des dépendances…
Comme la fleur de lotus, elle s’épanouit au-dessus du marais du jugement, de la comparaison, et de la moquerie. Comme la fleur d’oranger ou de cerisier, elle diffuse un parfum discret et subtil qui réconforte les cœurs sans ostentation. Ni complaisante, ni condescendante, ni emprisonnante, la miséricorde se manifeste par un respect sincère. Elle naît d’une profonde reconnaissance de la beauté et de la grandeur originelle et éternelle de chaque âme. Elle nourrit la capacité à accompagner vers la dignité et la souveraineté intérieures, sans ego ni attachement. Elle me porte vers la pleine réalisation de ce que je suis, de ce que l’autre est, au-delà des apparences et des situations étriquées. La miséricorde me permet d’accepter pleinement que l’autre s’autonomise totalement, jusqu’à m’oublier. Et c’est bien là La Bonté Illimitée du Suprême.

Mercy en anglais, elle s’enracine dans la gratitude, celle qui salue la beauté et la valeur de ma propre vie et qui, partant, peut reconnaître la beauté et la valeur de toute vie, même si cette beauté et cette valeur ne semblent parfois que pincée de sel dans un sac de farine. Car seul ce discernement bienveillant peut me conduire vers mon meilleur, conduire l’autre vers son meilleur, conduire le monde vers son meilleur.
Bien sûr la miséricorde s’incarne dans de grands noms et de grands destins : Mère Thérésa, l’abbé Pierre, Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King… Elle œuvre dans chaque dispensaire, dans chaque soupe populaire, dans chaque hôpital de guerre, dans chaque école de brousse… Mais, bien qu’incognito, son terrain de jeu le plus vaste est bien notre quotidien : un sourire adressé à un visage fermé, une main tendue vers un poing serré, un silence bienveillant face à une colère grondante, une moquerie que l’on n’encourage pas, un tort que l’on reconnaît, un enfant que l’on écoute sans le surplomber, une comparaison que l’on suspend, une jalousie que l’on dénoue, un point d’exclamation que l’on change en point, un mail dont on épure l’agressivité…
Originellement « bonté par laquelle Dieu pardonne aux hommes », la miséricorde est une non-violence sincère, à commencer vis-à-vis de soi-même. Pardon altruiste de la différence, la miséricorde rompt les cordes de la misère, rompt les codes de la misère, celle qui consiste à ne pas pouvoir pleinement être soi-même. En posant un regard élevé et bienveillant sur le monde, elle lui permet de retrouver son éclat originel.

 

Valérie Carmen

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